"Je suis le mouvement comme une feuille dans le courant, une plume au vent, la poudre sur la meule"



Le nei gong

L’expression chinoise nei gong (litt. nei : intérieur, gong : travail) couvre un large éventail de pratiques internes de tradition taoïste, associées aux arts martiaux internes (neijia quan), soit pour l’essentiel le xingyi quan, le bagua zhang et bien sûr le taiji quan.
 
Le nei gong regroupe des exercices de respiration, de méditation, ainsi qu’une vaste panoplie de pratiques corporelles, tant dynamiques que statiques, portant sur l’échauffement et l’assouplissement (ji ben gong), le relâchement (song shen wu fa), les postures (zhan zhuang) et l’énergie (qi gong).
 
Le nei gong s’inscrit dans le cadre des pratiques alchimiques taoïstes, lesquelles consistent à opérer une transformation interne du pratiquant, soit une progression du brut au subtil : de jing (la substance, le corps physique au sens large) à qi (l’énergie, le souffle vital) et à shen (la conscience, l’esprit)*. Ces exercices, en plus de catalyser cette transformation, peuvent également servir des objectifs plus immédiats, allant de la santé, physique et mentale, au martial et au spirituel.                          
 
*Jing, qi et shen constituent les Trois Trésors (san bao), concept central de la tradition taoïste.


Les six niveaux de song (traduction de l'article original de Shifu Adam Mizner)


Dans les enseignements traditionnels de la famille Yang, song (« relâcher ») est divisé en six niveaux. Chaque niveau dépend de celui qui le précède et inclut tous ceux qui le précèdent.
Il est important de comprendre que song est toujours relâcher, et que les six niveaux de song sont des raffinements de ce seul principe, tout comme le lait devient crème, devient beurre, etc.

松開 Song kai – Ouvrir

Lorsque le corps est fermé, attaché et rempli de li*, song n'est pas possible. Afin d'atteindre le premier niveau de song, il est tout d'abord essentiel d'ouvrir le corps.
L'entraînement traditionnel en taiji quan implique divers exercices conçus pour étirer, séparer et libérer les tissus du corps. Cette ouverture des tissus dans le corps, permet de commencer à toucher la première qualité de song, à savoir l'ouverture. Ainsi, l'ouverture du corps permet de relâcher, après quoi le relâchement ou la libération du tissu permet au corps de s'ouvrir. Nous ouvrons donc pour relâcher, et nous relâchons également pour ouvrir.
Quand on observe le da lu (enchaînement avec partenaire), effectué par un praticien compétent, il est clair que toutes les articulations du corps sont ouvertes et non comprimées. Le tissu est libéré et relâché.
Cette étape initiale du song, « song pour ouvrir », commence le processus permettant au qi (énergie) de se déplacer dans le corps, là où il ne le pouvait pas auparavant en raison de la tension et des blocages qui devaient être ouverts. Ceci est traditionnellement appelé kai men ou « ouvrir les portes », se référant aux portes d'énergie dans le corps. Lorsque ces portes sont ouvertes, cela permet à la mobilisation de qi et jin* de voyager, unifiant le corps des orteils au bout des doigts.
Alors que les méthodes externes peuvent utiliser la force de contraction et la fermeture des muscles autour des os pour générer de la puissance, cela est strictement proscrit en taiji quan, car cela restreint le relâchement et le flux unique de qi.

* li est la force musculaire brute, non entraînée ; jin est la force raffinée par les techniques d’entraînement spécifiques. Au niveau de l’efficacité martiale, jin est évidemment largement supérieur à li.


Song chen – Couler

Le deuxième niveau de song est song pour couler. À ce stade, nous devons comprendre que song (relâchement) et qi (énergie) se déplacent ensemble. Lorsque nous commençons l'entraînement, toutes les articulations, les tissus et les diaphragmes du corps agissent comme des portes ou des barrages qui sont bien fermés. Le premier niveau de song, « song pour ouvrir », ouvre ces portes ou détruit ces barrages. Cela permet à notre corps de fonctionner comme un conduit ouvert.

L'ouverture permet de couler, on relâche pour laisser le qi couler. Couler, descendre le qi au dan tian est d'une importance capitale. Lorsqu'il n'y a pas de qi dans le dan tian, cela est considéré comme ne pas avoir de qi du point de vue du taiji quan. En fait, le dan tian est largement mal compris comme étant simplement une région du corps ou quelque chose d'inné. Nous ne naissons qu'avec le tian (« champ »), mais il est vide de qi, il est vide de dan (« élixir » ; littéralement, c’est le « cinabre » des alchimistes). Ce n'est qu'après de longues périodes de pratique authentique, avec une qualité bien développée de « song pour couler », que le qi commence à couler vers le tian, s'accumulant goutte à goutte au fil du temps, pour former l'élixir, et ainsi former le dan tian.

Lorsque vous vous engagez avec un adversaire ou un partenaire, toute résistance au sein de votre corps crée un contreventement, ce qui est une qualité de li. Cela amène votre force et votre centre vers le haut, loin du sol, ce qui fait flotter le qi. Lorsque le qi flotte, on devient lourd, maladroit et facile à culbuter. « Song pour couler » est l'antidote.

L'activité mentale et la turbulence émotionnelle font également baisser le niveau de qi. Pour atteindre le song et pour que le qi coule, il faut développer un esprit calme et tranquille, ainsi qu'une stabilité émotionnelle. Cet esprit calme et stable peut alors être utilisé comme un outil puissant, car l'esprit calme le yi (« l'intention ») à son service. Le yi est utilisé pour commander le song, tandis que le ting (« écoute ») est utilisé pour reconnaître le « song à ouvrir » et le « song à couler ».

Dans les arts neijia (« arts internes »), l'une des pratiques les plus importantes est zhan zhuang (posture debout, litt. « droit comme un poteau »). Le but de zhan zhuang est double. Le premier aspect consiste à aligner le squelette avec la gravité. Cet alignement, qui inclut la qualité de song pour ouvrir, décompressant les articulations, permet au squelette d'agir le plus efficacement possible, permettant à la chair de se libérer et de couler. Le deuxième aspect est song pour couler. Une fois le squelette aligné et ouvert, le processus de couler peut commencer. Sans l'ouverture du corps, couler n'est pas possible – les barrages internes causés par la tension (contraction) et le blocage, arrêtent le flux descendant de qi. La pratique debout (posture fixe) est une excellente méthode pour développer les étapes initiales de « song pour couler » et couler le qi au dan tian.



à suivre…






Interview de Shifu Adam Mizner, à propos de la méditation et de la voie…